Julien Frier est l'un des plus grands serviteurs du rugby européen.
Il avait joué comme remplaçant quand Bourgoin a été le premier club à soulever le trophée inaugural du Challenge Cup et 12 ans plus tard, il est toujours là aussi fort, fidèle au poste, prêt à mener ses troupes vers un autre exploit et avide d'une autre finale du tournoi lorsque son club affrontera les Worcester Warriors au Stade Pierre Rajon samedi en demi-finale.
Bourgoin est le seul club susceptible de stopper une finale 100 % anglaise et, fort de son point de bonus défensif empoché contre Toulouse sur un score de 13 à 6 le week-end passé en Top 14, Frier estime que son club peut poursuivre dans la lignée de son quart de finale choc contre les London Irish en s'offrant le scalp d'un autre club de Guinness Premiership. Le vainqueur affrontera les Northampton Saints ou Saracens en finale de mois prochain et Frier serait heureux d'avoir un second titre européen et admet que leur qualification dans le dernier carré était malgré tout une
surprise.
« C'était une joie immense et un soulagement aussi de gagner ce quart contre les London Irish, on ne s'y attendait pas vraiment », a déclaré le capitaine de 34 ans. « Même si nous étions entrés dans ce match avec plein de bonnes intentions, le résultat a été quelque peu surprenant car nous savions que nous avions en face de nous une grosse équipe qui est troisième au Guinness Premiership. »
« Nous sommes finalement parvenus à remporter cette rencontre, vécue comme une contre performance pour nos adversaires, et gagner à l'extérieur était d'autant plus satisfaisant et ça nous a donné des ailes. Et il nous fallait bien ça vu la situation compliquée dans laquelle notre club se trouvait depuis le début de la saison. »
« Le fait d'être le seul club français restant dans la compétition n'ajoute pas de pression à notre préparation. Nous devons aborder cette demi-finale de la même manière que nous avons procédé contre les London Irish, et continuer de croire en nous. »
« La seule pression supplémentaire que j'y vois, c'est que nous nous rapprochons d'un exploit possible et il y a une finale à la clé et un titre en jeu et là-dessus il y a de quoi être nerveux mais espérons que cela se traduira par une énergie positive. »
« Rien ne nous ferait plus plaisir que de terminer la saison sur une finale européenne surtout après la saison que nous avons eue. Maintenant que ce match contre Toulouse est derrière nous, nous sommes réellement en « mode européen». nous avons mis des joueurs au repos dans cette optique pour leur permettre d'être frais et dispos pour cette demi-finale de la Challenge Cup. »
« Les plus grands matchs qui nous restent au calendrier sont cette demi-finale européenne puis le match de Top 14 contre Castres car c'est notre dernier match à domicile et celui qui est susceptible de nous assurer le maintien en championnat la saison prochaine. »
« Cela dit notre équipe semble bien se comporter quand elle a le couteau sous la gorge donc nous allons certainement donner tout ce que nous avons dans le coffre car nous n'avons pas d'autre choix que de gagner. Même si nous avons joué contre Worcester Warriors en début de saison, nous devons faire attention à ne pas nous laisser surprendre. Nous les avons déjà battu à domicile c'est vrai mais cela ne garantit rien pour le match qui nous attend, nous n'aurons pas droit à l'erreur car il ne s'agit pas d'un match de poule, la situation est complètement différente. Bien sûr que de connaître
leurs joueurs nous aidera dans notre préparation mais rien n'est acquis. »
« Nos deux équipes seront tout aussi motivée l'une que l'autre, nous voulons tous gagner ce match et aller en finale pour gagner à nouveau et nous qualifier en H Cup la saison prochaine. »
Il est rare dans le jeu professionnel moderne de voir autant de loyauté envers un club comme en témoigne Julien Frier mais Worcester devra se méfier de la passion et de la ténacité du capitaine berjallien.
« Bourgoin est un club qui me convient et que j'aime beaucoup, 12 ans plus tard, j'y suis toujours, même après quatre saisons à Grenoble », a-t-il expliqué.
« Lorsque j'ai commencé à Bourgoin en 1996 c'était la saison où le club avait gagné contre les London Irish déjà à l'époque et qui avait par la suite remporté la finale de l'European Challenge Cup. J'avais disputé ce match de poule contre les London Irish mais c'était loin d'être l'équipe d'aujourd'hui. Malheureusement je n'ai pas eu la chance de les affronter à nouveau cette année en quart de finale car j'ai dû déclaré forfait en raison d'une blessure 1 h 30 avant la rencontre, j'avais
des douleurs aux côtes et nous ne voulions pas risquer de compromettre le reste de la saison. »
« En ce qui me concerne, ce serait évidemment une belle récompense de finir la saison en beauté avec le CSBJ, maintenant que nous sommes si proches de réaliser quelque chose de grand. En 1997, j'étais beaucoup plus jeune et puis j'étais remplaçant donc je n'ai pas pu apprécier à sa juste valeur le fait d'être en finale et de vivre le bonheur de la victoire. »
« Mais maintenant je réalise que ça signifierait tellement pour moi, pour le club et pour les fans. L'ambiance à Pierre Rajon est tellement extraordinaire même si la capacité d'accueil est de plus de 8 000 spectateurs. Espérons que le stade affichera complet samedi, ce sera un grand rendez-vous et il nous tarde d'y être. »
« L'occasion de produire un événement inoubliable à domicile est à notre portée et nous espérons vraiment être à la hauteur des attentes de chacun. J'espère que les gars seront attentifs à cela et qu'ils se lâcheront pour réaliser une belle performance et faire plaisir à nos fans. »