Vincent Clerc était spectateur lorsque Toulouse a joué la dernière fois au Millennium Stadium ; l'ailier international était contraint à regarder le match depuis la tribune des commentateurs quand son club s'est incliné 16 à 13 face à Munster, passant ainsi à côté de son quatrième titre de H Cup.
Comptant 28 essais de H Cup, seulement un de moins que le détenteur du record du tournoi, Dafydd James, Clerc a manqué la finale de 2008 en raison d'une grave blessure au genou gauche. Il est d'avis que les Cardiff Blues représentent une réelle menace pour les derniers Français en lice qui s'approchent à grands pas de leur sixième finale.
Toulouse a battu les Blues lors des quarts de finale de l'an passé et Clerc admet que la région galloise fera tout pour venger leur défaite de 41 à 17.
« C'est certain qu'il doit s'agir d'une revanche pour les Cardiff Blues », a déclaré Clerc. Ils sont bien plus compétitifs cette saison et demeurent invaincus en phases de poule de H Cup et se retrouvent en finale de l'EDF Energy Cup final donc nous allons tâcher de gérer au mieux ce quart de finale. »
« D'autant que nous allons les affronter sur leur terrain, mais néanmoins, nous connaissons bien le Millennium Stadium aussi. Nous allons entamer notre analyse vidéo des Cardiff Blues cette semaine car jusqu'ici nous étions monopolisés par le retour en Top 14 et notamment notre tout dernier match remporté 42 à 10 contre Brive. »
« De ce que nous avons voir en phases de poule, c'est une équipe très puissante, notamment au niveau des centres et leur numéro 8 Andy Powell très perforant. Ce sont des joueurs qui cherchent à jouer dans les intervalles et à passer les bras. À l'image de l'équipe du Pays de Galles d'ailleurs, ils aiment les duels, leur grande force c'est de pouvoir jouer debout et faire de bonnes passes avant de tomber. Il faudra être fort en défense pour les contrer à ce niveau-là. Et nous devrons faire en sorte de récupérer le ballon le plus possible pour leur éviter de dominer en conquête. »
Quasiment tous les autres clubs européens envient la qualité et la profondeur d'effectif de Toulouse néanmoins Clerc reconnaît qu'il y a encore matière à renforcer la charnière.
« Même si nous bénéficions d'une grande profondeur de banc, il semble toujours nous manquer des 9 et des 10 », précise-t-il. « C'est frustrant parce que pour être capable d'être compétitif à la fois au niveau national et européen, il vous faut cette amplitude de ressources. »
« C'est le minimum requis et même parfois ça suffit tout juste donc il n'y a vraiment rien de trop dans notre effectif et faire tourner les joueurs sans que cela change le niveau de l'équipe c'est important pour pouvoir jouer sur plusieurs fronts. La concurrence entre les joueurs d'âge différent est toujours une bonne chose et pour le moment je ne me sens pas menacé par les plus jeunes. »
« Lorsque j'étais plus jeune, j'étais en concurrence avec des joueurs plus expérimentés et maintenant que je suis entre deux âges, il y a des plus jeunes qui arrivent, mais cela a toujours existé et cela motive plus qu'autre chose. Ça oblige à travailler plus et à s'améliorer sans cesse et ne jamais se satisfaire de ses acquis. »
« C'est une concurrence très positive qui permet à tous de se remettre en question et de travailler ensemble quel que soit l'âge et l'expérience, cela n'a rien d'inquiétant car chacun a sa chance. Ça tire le groupe vers le haut et c'est très sain finalement. »
Pour la première fois depuis l'introduction des quarts de finale lors de la saison 1996/97, la France n'a qu'un seul représentant parmi les huit finalistes de H Cup. Toulouse sera donc le porte drapeau et tâchera de maintenir la tradition de se qualifier dans le dernier carré. Le seul tournoi sur les 13 éditions précédentes à ne pas avoir compté d'équipes françaises en demi-finales remonte à la saison 2006/07 lorsque les clubs Stade Français Paris et Biarritz Olympique ont tiré leur révérence en quarts de finale.
« À Toulouse, il y a toujours cette passion pour les grands rendez-vous européens et affronter Cardiff à nouveau est loin d'être ennuyeux », a déclaré Clerc. « On peut parler de match retour par rapport à l'an dernier si l'on veut mais il ne s'agit en aucun cas d'un bis repetita. »
« Chaque année, nous entrons dans la H Cup dans le but de la gagner et pas simplement pour jouer. L'engouement est toujours le même pour cette compétition, que ce soit de la part des joueurs ou des entraîneurs. »
« Nous ne nous lassons jamais et cette motivation est vraiment inscrite dans la culture du club. Il y a toujours eu cette volonté de bien faire, aussi bien pour nous que pour la ville de Toulouse. »
« Il y a eu des saisons meilleures que d'autres et il nous est même arrivé de ne pas nous qualifier mais ce n'était pas par manque d'envie. Si j'ose dire, nous sommes trop habitués à ça et nous savons le plaisir que cela représente d'aller en phase finale pour s'en priver alors chaque année nous avons cette même envie de revivre ses sensations. »
Les leaders du Top se sont offerts la victoire qui leur fallait au retour de la campagne des Six Nations en battant Stade Français Paris 15 à 11 et Vincent Clerc estime que cela ne peut que profiter à leur préparation en vue du défi qui les attend au Millennium Stadium.
« En battant Stade Français, notre contrat était pour ainsi dire rempli parce qu'il s'agissait de notre premier gros match après les Six Nations et cela faisait six semaines que tous les joueurs étaient éparpillés à droite et à gauche donc c'était important pour nous de gagner », a-t-il ajouté. C'était un match clé qui nous a permis de tous nous reconnecter en vue de nous préparer pour l'objectif prioritaire d'affronter Cardiff en quart de finale. Et à ce titre, jouer contre Paris c'était ce qui se rapproche le plus d'un match de Coupe d'Europe avec l'intensité qui va avec, donc c'était l'idéal pour se remettre dans le bain. »
« C'était d'autant plus satisfaisant de gagner car nous n'avions pas aligné une équipe habituelle vu qu'il nous manquait encore certains joueurs blessés et nous avons dû improviser un peu, par exemple en mettant Yannick Jauzion à l'ouverture. »
« C'était rassurant de voir que même en situation de difficulté, nous avons bien réagi, c'est un bon test au cas où nous aurions d'autres blessés pour les quarts de finale. »
La preuve que Toulouse attire des joueurs de classe mondiale lorsque l'on compte l'ancien demi de mêlée des All Blacks Byron Kelleher dans ses rangs, qui participe activement à sa deuxième saison au Stade Toulousain.
« Le fait que Byron ait été élu meilleur joueur du Top 14 la saison passée en dit long, a commenté Clerc. « À mon avis il a apporté son professionnalisme néo-zélandais dans l'équipe car ils ont une façon différente d'aborder les matchs et de travailler. C'est un vrai compétiteur lui aussi et je crois qu'il a apporté cette puissance et cette fougue supplémentaires à notre groupe. » Sur chaque match, jamais il ne baisse en intensité et il sert un peu d'exemple car quelque soit l'importance du match, il va s'investir de la même façon et quand on le voit réaliser de telles performances aussi régulièrement, il entraîne le groupe avec lui vers l'avant. »
Pour finir, Clerc estime que le fait d'avoir manqué la finale de 2008 pourrait en fin de compte avoir été une bonne chose pour lui malgré une déception extrême
« Je reviens avec l'appétit d'un tout jeune joueur », a reconnu Clerc. « J'ai trop hâte de goûter de nouveau à ses sensations de phases finales. L'an dernier j'ai dû voir la finale en tribune de commentateurs et j'étais en arrêt longue durée à cause de mon genou alors maintenant je suis vraiment content d'être de retour en pleine forme. J'ai vraiment envie de jouer ce quart de finale contre Cardiff, et c'est l'avantage d'avoir été blessé si j'ose dire, car j'ai pu constater à quel point ça me manquait de jouer.
À force de jouer sans interruption des matchs de haut niveau et quand il y a cette espèce de continuité qui s'installe, on ne prend plus le temps d'apprécier à sa juste valeur ce que l'on vit et
quand tout à coup on se retrouve privé de phases finales ou de matchs de haut niveau pendant plusieurs mois et bien là on se rend compte à quel point on a hâte de recommencer à jouer. »