Le meilleur joueur de la saison passee donne son analyse pour les demi-finales de la h cup.
Stade Toulousain v Leinster
Si la H Cup pouvait être écrite d'avance, le scénario serait exactement le même. D'un côté, nous avons sans doute le plus grand club de l'histoire de la Coupe d'Europe, disposant d'une des équipes les plus fortes du rugby par clubs, et ayant l'avantage de jouer tout près de chez eux. Les actuels champions de la H Cup se déplaceront pour les affronter. Leinster peut largement égaler le niveau du Stade Toulousain et le simple souvenir d'un déplacement à Toulouse suffit à illuminer le visage de tous les supporters du Leinster. Car pour ceux qui ne le savent pas, en 2006 Leinster se déplaça à Toulouse pour un quart de finale qui, pour la plupart, était perdu d'avance.
Sur le papier leur équipe semblait plus faible, avait la réputation de rater les grands rendez-vous, et ils avaient à relever le plus grand des défis du rugby des clubs européens: rencontrer le Stade Toulousain à Toulouse. Mais ce que le Leinster produit ce jour-là fut une des attaques les plus remarquables que la H Cup n'ait jamais vu. Le nouvel entraineur Michael Cheika réussit dès la première tentative ce que personne n'avait pu faire jusqu'alors ni depuis : obtenir une victoire en déplacement contre une équipe du Stade Toulousain portée favorite, mieux classée et jouant à domicile. Ce fut un grand moment pour Leinster, mais cela pourrait également être une source de motivation supplémentaire pour leurs hôtes.
Pour Leinster, c'est le moment de vérité. S'ils parviennent à emmener avec eux suffisamment de jeu pour venir à bout du Stade Toulousain, ils gagneront certainement le tournoi. Cette demi-finale est certainement la plus difficile que le tirage au sort ait produit, et aucune équipe ne voudrait être à la place de Leinster. Cependant, ce type de rencontre crée souvent ces matches de légende dont la H Cup a le secret. A mon avis, le Stade Toulousain doit être donné favori.
C'est à ce stade que les vrais compétiteurs devront se distinguer. La participation de O'Driscoll sera évidemment cruciale, mais ils auront besoin que des joueurs comme Jamie Heaslip, qui s'est révélé être un élément sur lequel compter lors des grandes occasions, mettent tout leur potentiel en action. C'est une lutte de deux forces égales, car là où le Stade Toulousain est fort, Leinster l'est aussi. Les arrières du Stade Toulousain dominent souvent dans le Top 14, même si les blessures de Thierry Dusautoir et de Louis Picamoles, qui boitait la dernière fois que nous l'avons vu, peuvent influencer les choses. Leinster de son côté ont parmi eux Kevin McLaughlin qui a dépassé toutes les attentes, et Shane Jennings qui est l'un des meilleurs numéro 7 d'Europe et un joueur difficile à dompter pour tout adversaire, qui pourront supporter Heaslip dont le jeu est un des vrais atouts de Leinster.
Avec Jauzion au centre et en forme, il est certain que le Stade Toulousain sera dangereux, mais tout comme Clermont, ils seront désarmés au centre par deux des plus grands joueurs du rugby mondial. Quelques doutes subsistent quant à la participation de Johnny Sexton et l'état de sa mâchoire, mais avec l'apparemment indestructible mâchoire de Shaun Berne prête à le remplacer si besoin est, Leinster pourra toujours compter sur une distribution du ballon de haute qualité. La rumeur porte à croire que Sexton commencera peut-être le match, et compte tenu de sa capacité à marquer des points lors des grandes occasions, cette nouvelle serait un avantage de plus pour l'équipe.
A l'avant, le Stade Toulousain est formidable, mais on ne pourrait en demander plus à Stan Wright et à CJ qui avaient l'air tout à fait menaçant lors des quarts de finale. Ce sera une bataille des avants. Avec très peu de différences entre les deux équipes, l'habilité de Kelleher à éventrer la défense pourra apporter des points au tableau pour le Stade Toulousain, mais cela peut également se traduire par le ralentissement d'une ligne de défense habituellement agressive. La grosse erreur (ou terrible incapacité) du Stade Français fut de laisser au Stade Toulousain trop de temps pour jouer. Il semblait qu'ils aient signé leur arrêt de mort de par leur incapacité à réduire le temps et l'espace à disposition du Stade Toulousain. C'est l'un des facteurs que Leinster aura pris soin de noter. Cependant, Kelleher est un joueur qui pourrait poser problème à la défense agressive et suffocante qui fait la force et le succès de l'équipe dublinoise.
Les deux équipes ont assez d'expérience et de joueurs de calibre pour arriver au stade prêts à livrer bataille pour la victoire. Les deux équipes représentent une menace considérable l'une pour l'autre, et je pense que ce qui les départagera sera l'éthique et la force mentale. Il va dans dire que Guy Noves aura préparé ses joueurs pour ce qui est en général l'époque de la saison où le Stade Toulousain brille, et s'il y a une chose dont Michael Cheika a le secret, c'est de motiver ses joueurs et de les chauffer à blanc. Je pense qu'en leur for intérieur, Noves et Cheika croient tous deux que le gagnant de ce match sera le vainqueur de la H Cup 2010, ce qui laisse à penser que cette rencontre sera absolument électrique.
VERDICT: LEINSTER
Biarritz v Munster
La semaine du quart de finale, Biarritz paraissait une équipe inspirée. Imanol Harinordoquy ouvrait la voie et le moral était au beau fixe. Non seulement étaient-ils en lice en H Cup mais ils préparaient également leurs campagnes du Top 14 et de la H Cup 2011 avec un rugby solide. Ils affrontèrent les Ospreys, qui comptent dans leurs rangs de vraies stars du rugby, qui furent incapables de contrôler Ngwenya et compagnie et qui finalement terminèrent le match en retard de deux points. Il semblait il y a trois semaines à San Sebastian que la réussite attendait Biarritz, mais les choses ont changé dernièrement. Ils doivent encore se qualifier pour la H Cup de la saison prochaine (le tournoi de cette année étant désormais leur seule route directe vers une place en H Cup l'année prochaine), ils ont perdu des joueurs-clé comme Traille au mauvais moment, et ils se retrouvent en plus à affronter Munster à nouveau, même si cette fois ils le font à domicile. Il semble que ce soit la fin de la route pour Biarritz et Munster est prêt à en tirer parti au maximum.
Munster n'est pas sans connaitre des difficultés mais les hommes de McGahan semblent mieux préparés pour les surmonter.
Traille ne jouera pas suite à ce qui a été décrit comme une "blessure à l'avant-bras" qui requiert de 4 à 6 semaines, ce qui correspond plutôt à une fracture, mais quoi qu'il en soit l'international français laisse un vide énorme. La participation d'Imanol Harinordoquy est également incertaine à cause d'un nez cassé. Bien sûr, personne ne pense qu'un nez cassé puisse empêcher un joueur international de rentrer sur le terrain, mais si cette blessure nécessitait une opération et un plâtre, il est fort probable que la fracture soit sévère et elle pourrait attirer un peu trop d'attention ce samedi.
Je n'imagine pas Harinordoquy sortir du terrain suite à un coup sur le nez, mais je pense qu'une vision amoindrie et le fait d'être susceptible de saigner facilement peuvent le limiter dans sa mission. Voilà donc deux joueurs-clé sur lesquels il sera difficile de compter, mais tout n'est pas noir pour Biarritz. D'abord, pour remplacer Traille, peut-être Karmichael Hunt, l'ex-Brisbane Bronco (Australia Rugby League) qui a fait étape à Biarritz avant d'aller rejoindre le club de football australien de la Gold Coast. Il n'est peut être pas le meilleur centre mais il peut définitivement jouer et a la technique nécessaire.
Ensuite, il est vrai que l'infirmerie de Munster n'est pas vide non plus. On suspecte une déchirure à la cuisse chez Howlett qui n'a pas joué lors de la dernière rencontre. Keith Earls est dans le même bateau que Howlett avec un problème à l'aine, mais le problème majeur concerne Paul O'Connell, qui apparemment n'est pas encore rétabli et pourrait ne pas pouvoir jouer, ce qui serait un gros soulagement pour les alignements de Biarritz et je pense que les avants de Munster auraient aimé pouvoir compter sur son aide.
Finalement, et cela pourrait être une vraie carte maitresse pour Biarritz, ils ont Barcella, et ce match pourrait être son moment de gloire, ce qui ne serait pas plus mal étant donné que Johnston et August ne sont pas au top de leur forme dernièrement. Barcella est le pilier français qui déchira les mêlées des All Black et des Springbok en automne et je pense qu'il visera directement John Hayes ce week-end. Si Barcella est au meilleur de sa forme et de son jeu pour Biarritz et que leur alignement n'a pas à s'occuper d' O'Connell, les choses pourraient s'arranger pour Biarritz. Les points sont chers dans ce genre de rencontre et Barcella devra y aller à fond dès la première mêlée car le plus vite il fera savoir à l'arbitre qu'il est le joueur dominant de la mêlée, mieux ce sera. C'est peut-être une énorme responsabilité à donner à son pilier dans une demi-finale de la H Cup, mais ils en auront besoin. Même avec ses joueurs blessés, Munster semble trop fort et leur calme lors dans ce genre de match leur rendra service.
Les deux équipes se connaissent bien et se sont affrontées en finale en 2006 - année du premier titre européen du Munster. Munster avait en revanche perdu contre Biarritz à San Sebastian en 2005. Yachvili punira l'indiscipline et Biarritz tentera de faire courir Munster mais je ne pense pas que cela suffise à venir à bout des irlandais, même si l'équipe vieillissante du Munster a un peu manqué de rythme ces derniers temps.
VERDICT: MUNSTER