Alors qu'il vient juste d'être sélectionné pour la « Dream Team » européenne ERC, Rocky Elsom rend son verdict sur la finale de la H Cup 2010, un an après avoir guidé Leinster vers la victoire à Murrayfield.
La finale de la H Cup 2010 est une bataille entre deux équipes aux histoires très différentes
Le Stade Toulousain, le rouleau compresseur d'Europe que rien ne semble pouvoir arrêter, fait jouer une équipe qui, de par son succès en championnat et dans le tournoi européen, n'a pas eu une semaine de repos depuis février mais se débrouille cependant pour aborder chaque match au meilleur de sa forme.
Ils sont donnés favoris et disposent d'un riche palmarès dans le tournoi, possèdent un style de jeu où les points faibles sont difficiles à trouver et un pack extrêmement fiable. Leur parcours vers la finale fut impressionnant, et ils n'eurent jamais l'air en danger avant de rencontrer les champions en titre du Leinster qui étaient eux aussi sur la voie vers une nouvelle victoire. Cependant, le géant toulousain était en plein élan et Leinster ne put les contrer. Guy Noves lui-même a annoncé la couleur en déclarant son intention de reconquérir le titre européen, ne montrant que peu d'intérêt pour la quête du titre national.
Biarritz de son côté semblait avoir perdu sa place au sommet du rugby national et européen, ne s'étant pas encore qualifié pour les phases de poules de la H Cup de la saison prochaine et ayant obtenu des résultats en deçà de ce que l'on attendait en Top 14. Ils ont cependant une énorme énergie qui pourrait suffire pour que le capitaine Imanol Harinordoquy puisse brandir enfin le trophée qui lui avait échappé en 2006 et à côté duquel le club basque est toujours passé.
Si l'on compare les deux équipes, il est clair que le défi qui attend Biarritz est considérable, mais le Stade Toulousain a déjà commis des faux pas lors des grandes occasions et le fait d'aborder la rencontre comme favori a déstabilisé plus d'une équipe d'élite de par le passé.
La mêlée
L'anéantissement de la mêlée du Leinster par Toulouse n'a été surpassé que par la démolition de la mêlée du Munster par Biarritz le même week-end. Ces deux leçons françaises données quasiment en simultané ont donné le ton de ce qui sera certainement une des grandes batailles des mêlées. Le vainqueur de cet affrontement aura du mal à trouver un challenge plus ardu ailleurs dans le rugby.
L'alignement en touche
Les deux équipes ont assez bien joué dans le tournoi jusqu'à maintenant, mais elles sont vulnérables sur ce point. Il est possible pour une des équipes de créer et d'adopter une stratégie efficace pour affaiblir l'alignement de ses adversaires. Aucun des deux alignements n'est particulièrement fort, et les deux équipes peuvent déstabiliser ce qui est un élément essentiel de la tactique de l'adversaire. En temps normal, je dirais que Toulouse devrait dominer dans ce cas, mais sachant que le Biarritz Olympique a eu trois semaines de repos tandis que le Stade Toulousain a joué chaque week-end, Noves pourrait se retrouver dans une situation délicate ce samedi.
La troisième ligne
Aussi impressionnant qu'il fut de voir Imanol Harinordoquy entrer sur le terrain avec un nez aussi abimé protégé sous ce masque impeccable, je pense cependant que la troisième ligne est une force majeure du Stade Toulousain et un point sur lequel le Biarritz Olympique devra se concentrer dès le début du match s'ils veulent donner à leurs joueurs les occasions nécessaires. Je m'attendais à ce que le sang traverse le masque d'Harinordoquy, mais il n'en fut rien et il resta parfaitement en place, comme par miracle. Cela dit, je pense qu'il susciterait plus d'intérêt cette semaine s'il réapparaissait sur le terrain.
Les centres
Avec Hunt en demi d'ouverture, Biarritz avait l'air limité. L'habilité de Hunt est évidente et son enthousiasme est contagieux mais il ne semblait pas avoir l'intention de lâcher les centres et les ailiers, contrairement à Skrela dont les hommes causèrent toutes sortes de problèmes au Leinster et jouèrent aussi large que le terrain le leur permettait. Avec Hunt plus à l'écart, Biarritz gagna en précision et offrit un jeu beaucoup plus intense, parfois trop pour les Ospreys qui ne voudront sûrement pas revoir la course de Ngwenya. Les deux équipes sont capables de convertir des erreurs en points mais il reste à savoir si Biarritz peut menacer le Stade Toulousain de par un mouvement des arrières ou lors d'une remise en jeu. Cela dit, tout comme pour l'alignement, les quelques semaines dont l'équipe a disposé pour y travailler peuvent créer des surprises.
Le trio arrière
Les ailiers et l'arrière de Biarritz sont incroyablement rapides mais ne sont pas toujours fiables.
Lors de leur dernier match, ce furent seulement les mauvais tirs du demi d'ouverture du Munster qui permirent à des erreurs potentiellement cruciales de rester impunies et je ne pense pas qu'ils bénéficieront de la même clémence ce samedi. Ce serait un euphémisme que de qualifier d'impressionnante la capacité des ailiers et de l'arrière du Stade Toulousain à désamorcer les bombes lancées par le Leinster par un temps pluvieux. Ils furent quasiment imperturbables pendant tout le match et les supporters du Leinster finirent même par admettre qu'ils avaient été battus par une meilleure équipe. Le trio arrière des deux équipes peut créer le genre de suspense qui fait la renommée du tournoi et il est fort probable que si l'un lance l'offensive, l'autre suivra.
Pour ce qui est de la forme, le Stade Toulousain part favori pour remporter le tournoi.
Biarritz peut se mesurer au Stade Toulousain, mais ont-ils le cœur à le faire pendant tout le match? Leur pack possède la puissance nécessaire mais peut-il survivre au Stade Toulousain? Ils disposent d'une bonne charnière, mais est-elle aussi bonne que celle de leurs adversaires? Sans aucun doute, Yachvili saisira toutes les occasions qui lui seront présentées, mais en aura-t-il autant que lors de la rencontre contre un pack du Munster qui concéda de nombreuses pénalités ?
Si le Biarritz Olympique peut répondre à toutes ces questions comme ils l'ont fait contre les Ospreys et Munster, ils écriront alors une des plus grandes histoires de la Coupe d'Europe, mais je doute qu'ils puissent y parvenir.